Sibelius : Symphonie n°1 en mi mineur op 39

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L'Orchestre Philharmonique de Radio France interprète la Symphonie n°1 en mi mineur op 39 de Jean Sibelius sous la direction de Mikko Franck. Concert enregistré le 10 avril 2024 à l'Auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique.

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Quand Sibelius compose sa Symphonie n° 1, il est déjà l’auteur de plusieurs partitions orchestrales : avant de s’attaquer au genre le plus prestigieux de la musique instrumentale, il a fourbi ses armes avec des musiques de scène et des poèmes symphoniques (En Saga, La Nymphe des bois et la Suite de Lemminkaïnen inspirée par l’épopée du Kalevala). Célèbre dans son pays, il sait qu’on ne manquera pas de le comparer à ses prédécesseurs, en particulier aux compositeurs de tradition germanique. Le lyrisme et le style mélodique de sa symphonie rappellent Tchaïkovski, admiré du musicien finlandais. L’héritage de Bruckner s’entend dans l’écriture des cuivres et la répétition des rythmes martelés du Scherzo.

Mais Sibelius tâtonne avant de parvenir au résultat souhaité. À l’origine, il avait envisagé une œuvre à programme, dont le premier mouvement devait s’intituler « un vent froid souffle, le temps froid de la mer ». Le deuxième mouvement se serait inspiré du poème de Heine Ein Fichtenbaum steht einsam (« Un sapin se dresse solitaire »). Après un troisième mouvement conçu comme un « Conte d’hiver » (peut-être une référence à la pièce de Shakespeare), le finale se serait référé à Panu de Juhani Aho, roman récemment paru. En définitive, Sibelius décide d’affronter la « musique pure », sans argument extra-musical.

En dépit du succès de la Symphonie n° 1, lors de sa création, le 26 avril 1899, il réalise d’importantes révisions avant la tournée qui, en 1900, doit mener la Société philharmonique d’Helsinki dans plusieurs pays d’Europe. Il ajoute le solo de clarinette qui ouvre de façon si originale la mouture définitive, absent de la première version (désormais perdue). Sibelius cherche à se libérer des formules académiques, tout en conservant la parfaite maîtrise de l’architecture héritée de la tradition germanique. Pour son Finale, qui porte la mention « quasi una fantasia », peut-être s’est-il souvenu de la liberté formelle des deux Sonates pour piano « quasi una fantasia » op. 27 de Beethoven (qui comprennent la célèbre « Clair de lune »). Cette émancipation des conventions s’entend aussi dans la mosaïque d’atmosphères du mouvement lent, l’alliance de rugosité et d’élégance du Scherzo, et la façon dont se referme la partition. Le finale semble se diriger vers une péroraison cuivrée mais, au dernier moment, il esquive ce geste convenu au moyen de deux accords en pizzicato – refus d’un ton affirmatif qui se retrouvera à maintes reprises dans la musique de Sibelius.

Cette symphonie contribue de façon significative à la diffusion et la reconnaissance de la culture finlandaise. Suédophone de naissance, Sibelius était parvenu à véritablement maîtriser le finnois seulement dans les années 1

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