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Au coeur de notre malheur, l'esprit de sérieux, par Sylvain Fort

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Au coeur de notre malheur, l'esprit de sérieux, par Sylvain Fort
Elle se trouvait à un jet de pierre du Louvre, à l'ombre de la coupole de l'Institut, dans un petit square clos de grilles, à l'angle de la rue de Seine et du quai Malaquais. Là, un livre à la main, la statue de Voltaire adressait au passant un sourire narquois et tendre. C'est ce même sourire que lui prêtent le portrait de Quentin de La Tour et le buste de Houdon ; ce sourire n'était pas seulement une physionomie, mais une morale : "Il faut vivre en riant et mourir en riant", disait le philosophe. Ceux qui ont, des années durant, barbouillé la statue de Voltaire n'avaient pas le coeur à rire. Ceux qui, en août 2020, ont fini par desceller sa statue pour, paraît-il, la nettoyer, n'ont pas mis les rieurs de leur côté. Ce nettoyage semble ne devoir jamais finir. Passant devant ce petit square, Voltaire, je pense à vous.  Car s'il est une chose que notre temps a bel et bien oubliée, c'est cette fameuse ironie voltairienne qui du sage de Ferney fut le legs peut-être le plus précieux ; elle résumait une part de l'esprit français et l'irrigua en profondeur. Qu'est-ce que c'était que cette ironie ? C'était l'art de constamment se décaler. L'art du pas de côté. L'art de ne pas regarder la réalité telle que nous la désigne l'opinion commune, mais d'en considérer l'envers. Au regard ordinaire de substituer l'oeil de la Raison. L'ironie voltairienne, c'est la raison comme juge ultime du monde et des hommes, par opposition avec le préjugé, le dogme, les idées reçues. La raison ne tonne pas, elle rit, car au coeur de notre malheur se trouve invariablement l'esprit de sérieux.  

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